Peuple du Bout-du-Monde

Un livre, un expo itinérante

En collaboration avec la Fegems, l'établissement de Val Fleuri met à disposition des autres EMS l'exposition des œuvres de l'artiste genevois Oscar Baillif, inspirées des résidants et du personnel de Val Fleuri. Ces dessins, conçus comme des instantanés immortalisant des moments d'intimité, de complicité ou de contemplation, annotés des commentaires de l'artiste, font également l'objet d'un livre publié sous forme de carnet de voyage et intitulé « Le peuple du Bout du Monde ». Ce travail est le reflet, parfois un peu cru, mais souvent juste, des heures qui s'égrènent dans le quotidien d'un établissement. L'exposition se décline en une quinzaine de panneaux, modulables à souhait, à présenter ensemble ou séparément, de montage et démontage aisés. Cette exposition peut, par exemple, judicieusement agrémenter une manifestation que vous planifiez dans les semaines ou mois à venir. Elle peut aussi simplement être le prétexte pour mettre sur pied un événement, en collaboration avec d'autres intervenants de votre quartier - club d'aînés, écoles, réseau santé-social...

Pour plus de renseignements quant à cette offre, vous pouvez consulter l'extranet de la Fegems ou contacter directement la Fegems, Anne-Marie Nicole, nicole@fegems.ch, tél. 022 328 33 00.

 

« Le peuple du bout du monde »
Oscar Baillif

Une expérience, un livre, une expo...

 

 

La légende du peuple du Bout du monde...

Venir sur ce territoire a pris bien des décennies, peu d'explorateurs s'y sont aventurés, aucun peintre voyageur à ma connaissance. Il faut dire que nombreux devaient en deviner les dangers : le reflet de soi-même à l'horizon, les contours que le temps vient sculpter sur les corps, la mort comme terminaison au verbe « vivre »...

Peu ont donc pris ce risque. Seule la parenté, un peu forcée de franchir cette frontière... seuls les professionnels avec tout leur attirail technologique, qui, au fond, ne leur sert pas à grand chose, car ils comprennent au fur et à mesure de leur expédition que la communication sera leur soutien le plus fiable pour servir. Seuls aussi quelques anges qui passent par là un peu par hasard...

Etre là, aux côtés du Peuple du Bout du monde, jour après jour, c'est donc le lot de quelques uns et, il faut bien le dire, de beaucoup d'unes. Oui, elles ont toujours été proches de l'humain pour donner la vie, la nourrir, en prendre soin, et aussi accompagner le dernier soupir...
Cette réalité, il nous a fallu la rendre publique. Et sur notre chemin, un jour, nous avons croisé le peintre voyageur, il revenait de loin, d'Afrique je crois, il voulait retrouver l'humain, sans fard, sans camouflage. C'est alors qu'on lui a dit « Viens, on connaît un chemin... »
Il est entré, en traversant des couloirs... en poussant des portes...On frappe à l'une d'elles...

Marie-Louise, 86 ans, s'est laissée surprendre, somnolente, les doigts plantés dans la laine, elle lève la tête, elle se justifie : « J'aime la laine... on peut mettre les doigts en plein là dedans...on est bien ici! »
Le silence s'installe, envie de s'en aller ou encore de s'endormir là, à côté de la dame assise, les doigts dans le tricot de sa vie, les yeux dans le vague, à accoster les anges. A côté d'elle, dormir dans le grand fauteuil en velours rouge, poser ses bras sur les accoudoirs et rêver, rêver, rêver...